J’étais sous la douche, tranquillement, et tout à coup des sentiments que je n’avais pas ressenti depuis longtemps m’ont envahie…
J’avais envie.
Pour la plupart des gens, avoir envie est un sentiment tout à fait commun, normal et habituel, mais pour moi en cette période de ma vie, ce n’est pas le cas.
L’envie, je ne l’avais plus, et je ne pensais pas que cela pouvait revenir comme ça, sans prévenir, quand l’eau coule sur la peau, que la mousse sent bon, qu’il fait chaud et que dans le fond on est mieux là qu’ailleurs.
Et pourtant… elle était la, avec moi, avec l’humidité sur les murs, la buée sur le mirroir, la vapeur dans l’air.
Elle était là et tout à coup c’était comme si tout était possible.
Si j’avais envie, c’est que tout pouvait aller mieux qu’il y a cinq minutes, quand j’étais encore au chaud sous ma couette, les yeux fixant le téléviseur, essayant de suivre sur la chaine à trois lettres -dont les deux premières pourraient se suivre dans l’alphabet s’il n’y avait pas le S au milieu- et un chiffre -qui pourrait être signe de nouveauté mais ce n’est pas le cas-, la énième rediffusion de cette série où ils sont tous amis, vivent pas loin les uns des autres et se retrouvent au Central Perk pour boire un café.
J’avais envie, donc, enfin.
Mais oserais-je finalement passer à l’acte, affronter le froid qui saisit, les gens qui passent, les voitures qui se suivent et ne se ressemblent pas, ou peut être que si en fait.
Oserais-je affronter l’éventualité du regard de ces gens qui passent, de ces voitures qui se suivent et ne se ressemblent pas ou peut être que si en fait et qui n’ont pas d’yeux mais les gens qui les conduisent si ?
Oserais-je sortir de mon sac mon troisième oeil, celui qui voit les choses telles que mon âme les voit, pour montrer au monde entier la perception que j’ai du monde qui m’entoure ?
Si j’en ai envie, c’est que tout est possible, et il est possible que j’arrive à tout surmonter, à gravir les montagnes, ou en tout cas les collines du parc pour regarder de là haut la ville grise, et vous la montrer ensuite.